Discours prononcé par Ambroise MONOD
à l'occasion du vernissage de la donation au musée des Beaux Arts et de la Dentelle d'Alençon


(16 février 2000)

       On m'a annoncé comme étant un de ses amis et je m'étonne toujours de m'entendre dire être son ami, non que je n'aie pas d'amitié pour lui, mais parce que cette amitié est une rencontre de quelques années, pas plus. Et en même temps, j'ai le sentiment d'avoir toujours cheminé avec lui d'une manière ou d'une autre. Sans doute parce que tous ceux qui sont sur les petits chemins de la créativité individuelle, sauvage et personnelle, donc loin des autoroutes de la culture, ceux-là se reconnaissent.

        Ils se reconnaissent dans des oeuvres comme celles que vous allez voir, [...]. C'est aussi pour ça que j'ai accepté d'improviser quelques mots pour vous.

        Geste quand même étonnant qu'un musée de France puisse décider de la qualité inaliénable, invendable, intransmissible et dorénavant préservée d'une bouteille de Vitelloise en plastique déformée par le feu d'un chalumeau. Il y a là de quoi s'émerveiller. [ ...] Je ne parle pas au nom de Gaston, qui pourrait le dire lui-même ... Tout à l'heure, j'avais espéré ne pas intervenir et lui céder la place, mais il me disait : "Je n'ai rien à dire, tout est déjà dit. Tout est là, tout ce que j'ai à dire est là".

        Je voudrais donc dire deux mots.

        Je sais de Gaston qu'il a été acteur, qu'il a été correcteur, qu'il a été aussi traducteur.

        Et la vie continue, parce que plus acteur que Gaston, il n'y a pas. Je ne parle pas de son comportement mais de l'action, de la diversité des oeuvres qui sont présentées. Pour ceux qui le connaissent bien mieux que moi, l'Association des Amis de Gaston Floquet, son activité chez lui, au Tertre à Saint-Rigomer-des-Bois est celle d'un actif : il a continué à être acteur.

        Et puis il est traducteur et correcteur : tous les rapports qu'il a à la matière sont de l'ordre de la traduction et de la correction. C'est-à-dire qu'il a une passion par rapport à la matière qui est de donner sens aux matières, aux objets qui nous environnent, et de trouver dans le dérisoire de l'espérance, de trouver dans le rien quelque chose, de faire quelque chose avec rien, d'évoquer en lui, de faire vivre en lui un démiurge - qui sans doute nous habite tous peu ou prou - sauf que lui est investi par ce démiurge-là.

        C'est un immense salut à la capacité humaine de toujours pouvoir inventer, de faire que notre traversée du destin ne soit pas insipide et que, à travers ses oeuvres que nous allons re-regarder maintenant, on comprenne mieux ce que disait René Char :

        "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience".

        Soyez troublés.

Adresse du site d'Ambroise Monod sur le récup'art : http://www.recup-art.net/