L'aventure de
l'Association des Amis de Gaston Floquet
Témoignage de Monique Audureau,
secrétaire de l’Association des Amis de Gaston Floquet,
13 juillet 2004
Il y eut l’histoire. Et il y eut la préhistoire.
Tout commença à la fin de l’été 1973, quand j’ai frappé à la porte rouge de
la maison de Saint-Rigomer. J’avais rencontré, dans un stage, en marge du festival
d’Avignon, une personne qui m’avait parlé de « quelqu’un d’extraordinaire »,
qui demeurait justement près d’Alençon, où j’habitais.
L’homme était sombre, autant que le lieu.
J’ignorais alors qu’il venait de perdre
son épouse. J’ai entrevu là tout un monde, sans me douter que c’était le début
d’une aventure qui allait me marquer définitivement, et d’autres avec moi.
L’apprivoisement mutuel s’est fait peu à peu. Et peu à peu je lui ai fait connaître
mes amis, lui dont tous les amis étaient ailleurs et qui ne s’était guère lié
ici, sauf dans des relations de voisinage. Il était très seul et le serait bien
resté, vivant de rien, ne cherchant pas à vendre. Le whisky lui tenait compagnie,
parfois au point de l’empêcher de créer quoi que ce fût.
Le cercle était encore restreint à l’époque.
L’ami Claude passait de longues heures chez lui à parler art et littérature.
Il dépouilla ses papiers et lui trouva des droits à une modeste retraite, qui,
d’un seul coup, le rendit follement riche ! C’est lui qui, un jour, l’a
trouvé étendu par terre, mal en point. Hôpital, check-up, verdict : « Si
vous n’arrêtez pas de fumer et de boire, vous êtes mort dans quelques mois ».
Il arrêta tout du jour au lendemain et vécut encore vingt ans.
Il fut décidé à sa sortie qu’il aurait un « aide ménager », Toni (dont
c’était le métier, ami lui aussi). Ils faisaient les courses ensemble (sans
whisky). Toni encadrait, répertoriait, organisait. Gaston créait plus que jamais.
Il était invité, avait des visites …
C’est alors que, en 93, après avoir envisagé une souscription pour faire un
catalogue ou quelque chose de ce genre, il fut décidé de créer une « Association
des Amis de Gaston Floquet », dont on me proposa d’être la présidente.
Le but : faire connaître l’œuvre et l’homme. Nous étions une dizaine de
volontaires motivés, « l’équipe », comme disait Gaston. On recruta
pas mal (l’association compta jusqu’à cent adhérents).
Ce fut d’abord juste une joyeuse aventure, mais il fallut bientôt se mettre
à travailler de façon sérieuse, organisée, démocratique, avec des CA, des AG,
des projets construits, proposer, rendre compte …. Mais joyeusement, toujours
! Cela continue encore. Trois présidences à ce jour ont chaque fois renouvelé
notre souffle. Le devenir de l’œuvre de Gaston fut, avec sa santé, une préoccupation
considérable à un certain stade. (En 98, une leucémie foudroyante lui laissait
deux mois à vivre. Il nargua encore la camarde et vécut trois années incroyablement
fertiles… nous laissant le temps d’œuvrer à l’après-Gaston !) La donation
au Musée des Beaux Arts et de la Dentelle d’Alençon fut une réponse majeure
à cette préoccupation. Deux autres donations furent même possibles. Une reconnaissance
enfin pour Gaston, tardive mais répondant à notre raison d’être.
Nous avons traversé des turbulences, risqué des naufrages, dépassé les rares,
inévitables conflits, vécu des moments extraordinaires, accompli de petits miracles,
avec une énergie et une passion qui nous ont soudés au point de rester actifs
jusqu’à ce jour, par-delà la mort de Gaston. C’est de lui que nous avons toujours
tiré cette force. Et sans son talent, nos efforts n’avaient aucun sens.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Une nouvelle étape s’annonce dans le devenir de l’œuvre. L’association gère
maintenant cet œuvre pour le compte de la municipalité de Saint-Rigomer-des-Bois,
à qui Gaston, sur notre conseil, a légué ses biens. Nous envisagions de vendre
certaines oeuvres, parmi les plus menacées par le temps. Le maire, Jean-Michel
Huart, voisin de Gaston et adhérent de la première heure, a veillé à la pérennité
du « trésor », chauffant l’hiver, bouchant des trous, réparant des
serrures….
Des projets sont en vue (accueil temporaire de créateurs, d'enfants et
de visiteurs à l'atelier ?).
Nous entamons pour cela un nouveau chantier. Le maire de Saint-Rigomer a donné
son accord de principe et le Conseil d'Administration de l'Association son aval.
Craintes, espoirs, élan se mélangent comme chaque fois. L'association franchit
encore une étape. Une autre porte s'ouvre.