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te faut entrer dans la cour de l’ancien arsenal
Saint-Hilaire, sans t’inquiéter du regard
altier dont voudrait t’accabler la Tour Neuve et
ses échauguettes prétentieuses.
Finies les munitions lugubrement empilées, finis
les apprêts pour les affreuses tueries : l’endroit
respire maintenant, à larges goulées, le
soulagement d’un monde provisoirement pacifié.
Voici venu le temps du marché bio, des expositions
ponctuelles, des va-et-vient de flâneurs et de curieux.
C’est aussi l’attente impatiente du moment
où cette cour antique bruissera de multiples savoir-faire,
dans un permanent dialogue d’artisanat, avec pour
diapason l’honnêteté du travail bien
fait.
Il te faut prendre l’irrésistible virage
à gauche qu’impose en contrebas une bien
surprenante luxuriance : lieu ou le végétal
semble moins relever du despotisme d’un «
règne » que d’une république
totalement débridée.
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La porte est coulissante. Tu t’y prendras maladroitement
pour l’ouvrir, mais tu recevras l’absolution
instantanée de la prêtresse de ce temple
botanique, Daniella, adorable sourire de future connivence,
qui d’emblée t’aura convaincu(e) de
l’urgence du bonheur par les fleurs et de l’apaisement
fondamental par les choses de nature.
Peut-être y aura-t-il aussi Katharina, la mère,
et cet autre sourire de bienvenue sera comme un écho
d’âge à l’irrésistible
jeunesse de leur projet complice.
Le magasin est un bonheur pour tous les sens. La poésie
y trouvera tous les motifs.
Un seul conseil : ne regrette pas
de t’y perdre l’espace d’un rêve
multicolore, car ce songe est mieux qu’une thérapie,
plus efficient qu’une panacée ; cette évasion,
qui est aussi une invasion, ramène au plus intime
de la joie d’exister.
Daniel Ehret, écrivain

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